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L’enfance
Yvon Le Loup, fils d’Hippolyte Le Loup et de Séraphine Foeller est né le 2 janvier 1871 à Dinan dans les Côtes du Nord, en pleine guerre et devant subir les privations consécutives à cette guerre. Privations qui eurent une répercussion sur sa santé. Vous savez combien ces privations et ces épreuves subies par la mère peuvent avoir d’influence sur la santé de l’enfant – la difficulté ensuite de nourrir cet enfant. Tout cela fit que l’enfant dut subir les effets d’une tuberculose osseuse, appelée mal de Pott. De plus, une cécité presque complète ajouta à son immobilisation. Il fallut soigner ses yeux et lorsqu’il put se lever, il fit une chute qui lui occasionna une fracture de la jambe. Toutes ces épreuves, la vie d’allongé, amenèrent l’enfant à vivre intensément. La souffrance le fit mûrir vite, il devint un élève studieux et avide de savoir. Sa mère, d’origine Hessoise, lui apprit l’allemand qu’il parlera couramment. Habitant Paris, qu’il parcourait en boitillant, il rêvait d’être berger, en ce temps certains quartiers étaient encore la campagne. A neuf ans, il prit des leçons de violon et devint un assez bon musicien. Sa mère, très croyante, lui fit faire sa première Communion à l’église St Augustin. Puis, il entra à l’école des Jésuites de la rue des Francs Bourgeois, école réputée où Yvon se distingua rapidement par une grande intelligence.
L’étudiant
Très observateur, il devint un fin dessinateur et aurait aimé faire de la peinture. Musique, dessin, littérature, extraordinairement adroit de ses mains, mais il dut céder aux exigences de ses examens. Son père, vieux soldat imbu de discipline, comprenait mal l’affinement de cet enfant silencieux et aux hautes aspirations – et les études demandaient de gros sacrifices d’argent – et aussitôt passé le Certificat d’Etudes Supérieures et le Baccalauréat de l’enseignement secondaire spécial, il entra à la Banque de France à 5 F. par jour en octobre 1892 sur concours, il avait 21 ans. Un de ses chefs, répondant un jour à une demande renseignements répondit : « Agent rendant des services remarquables, expéditif et travailleur en dépit d’une santé délicate et de la gêne que lui cause une jambe qu’il devait tenir allongée sous son bureau ». Ses loisirs étaient employés à fureter les boites des bouquinistes sur les quais. Sa maman toujours inquiète de sa santé veillait sur lui. Très vite aussi se révéla son intuition allant jusqu’à la voyance, sa constante préoccupation était la recherche de l’Absolu, ce qui l’amena très vite à rechercher ceux qui pouvaient satisfaire sa curiosité.
L’occultiste
C’est vers 1890 que son orientation se précise. Non loin de la Banque de France était la librairie du Merveilleux, directeur Chamuel, c’est par lui qu’il connut le vulgarisateur des sciences occultes qui venait de terminer son service militaire tout en préparant son doctorat en médecine. La collaboration de ces deux hommes très différents amena entre eux une grande amitié – Papus et Sédir. Sédir remet de l’ordre dans la bibliothèque de Papus et celui-ci lui fit rencontrer de nombreuses personnalités du monde secret : Barlet, Gaboriau, Jules Lermina, Paul Adam, Emile Gary de Lacroze, Victor-Emile Michelet, Julien Lejay, Marc Haven… On l’amena un soir, 21, rue Pigalle chez Stanislas de Guaïta, à la bibliothèque (ésotérique) la plus complète qui existait. Guaïta avait imaginé une fraternité Rosicrucienne composée de 6 membres inconnus que des moyens occultes pouvaient faire venir du monde des esprits et de 6 autres frères qui se réunissaient chaque mois en son intérieur luxueux. Un mois après son entrée chez Chamuel, paraissait un premier article : « Expérience d’occultisme pratique », signé Le Loup et il fit ses débuts d’orateur sur : « Les Sciences divinatoires et la Chiromancie ». Papus avait crée le Martinisme, il demanda à Sédir de collaborer, ce groupement d’hommes reprenait les idées du rite cabalistique de Martinez de Pasqually et formait le premier échelon initiatique de la fraternité Rosicrucienne de Guaïta. Celui-ci en avait jeté les bases et comme Vénérable du Suprême Conseil, lut le discours de réception de Sédir, laquelle en grande pompe eut lieu chez lui, selon le rituel des anciennes loges Maçonniques. Les jeunes auteurs choisissaient des surnoms : Sédir était l’anagramme de désir – Encausse était devenu Papus – Lalande : Marc Haven – Le nouveau Martinisme adopta Sédir et ses articles furent publiés dans les revues l’Initiation et Le Voile d’Isis. L’initié
Le besoin d’Idéal était répandu à cette époque et peu à peu, la petite minorité s’agrandit. Chamuel quitta la Rue de Trévise pour le 70 Faubourg Poissonnière. En 1895, Papus passe sa thèse de docteur en médecine, ouvre une maison de santé, Sédir assume la plus grosse tâche. Chaque soir, il donne des cours d’hébreu ou de sanscrit, langues qu’il connaissait parfaitement, des cours sur l’entraînement psychique des fakirs hindous, le yoga, l’alchimie expérimentale, l’astrologie, la sociologie. Il organise des cercles de recherche sur l’hypnotisme, le magnétisme et le spiritisme. Le Mysticisme déjà l’attirait, il fréquentait aussi les clans littéraires, Verlaine. Sédir ne perdait jamais de temps, toujours à la recherche des ouvrages pouvant l’aider, non sans participer par un mot bien placé à la gaîté générale. Il avait le don très particulier de pouvoir faire plusieurs choses à la fois et c’est ainsi qu’il pouvait faire des additions, 4 colonnes en même temps. Il jouait plusieurs parties d’échecs à la fois sans voir les pièces. Pendant ce temps, rue de l’Ancienne Comédie, avaient lieu les réunions de la nouvelles Loge où Sédir connut de plus près Barlet, puis, avec Marc Haven, avec Guaïta, de dangereuses expériences dont Sédir dira : « C’est ici-bas ce qui se paye le plus cher ». Ses recherches alchimiques lui permirent de retrouver les bases de qui est appelé le Grand Œuvre. Ces détails sur la vie secrète de Sédir montrent d’abord le souci de vérité qui lui a toujours fait expérimenter toutes choses avant d’en parler. Il avait atteint les plus hauts sommets de la connaissance et des pouvoirs, mais il fut assez sage pour s’en détacher dès qu’il en comprit le peu de valeur et le danger. Le mystique
Juillet 1897 – Sédir a 26 ans – Encausse lui signale la chance de voir un homme rare : Maître Philippe de Lyon, il le rencontre à la gare de Lyon, lui est présenté par Madame Encausse. L’aspect bon père de famille de Maître Philippe lui causa un grand trouble et en Août, il partit à Lyon passer ses vacances et ce qui se passa alors reste secret, mais dans son ouvrage Initiation , Sédir nous en donne une idée plus tard, mais sur le moment, il fut bouleversé et le Maître lui ayant conseillé d’attendre avant de tout lâcher, il obéit et attendit l’ordre de sa mission. Jusqu’alors, il n’avait pas pensé à se marier, c’est à Lyon que l’idée d’un foyer lui vint, encore fallait-il trouver une compagne qui partage son idéal. Sa première compagne, Alice Perret Gentil, fut en tout point l’épouse exemplaire et la compagne au cœur rayonnant. Elle cousait et parfois, travaillait à domicile. Le mariage eut lieu en juin 1899, Sédir avait 28 ans. Ils s’installèrent à Montmartre où ils vécurent 10 années heureuses. Madame Le Loup vacant à ses devoirs domestiques, recopiant articles et manuscrits, visitant les malades et aidant les malheureux. Sédir collabora avec Beaudelot, l’éditeur de la revue Psychée, quand une chute malheureuse provoqua une aggravation de l’état de sa jambe. Avec ses dons et son érudition rare, il aurait pu briguer des situations brillantes, mais sa recherche de l’Absolu, la Mission qu’il s’était fixée ne s’en serait pas accommodée.
L’homme
La mission de Sédir s’était affirmée, sa rencontre de Lyon avait changé son orientation, il abandonna tous les postes qu’il occupait pour se consacrer uniquement à vivre et à diffuser l’Evangile. En même temps, son attitude changea, sa personnalité s’affirma, le bohême devint un homme soigné, élégant même. Son corps se développa et l’athlète apparut bientôt. Il s’était adonné à la culture physique, s’était intéressé aux chiens, aux Briards en particulier sur lesquels il écrivit un livre. Alice Le Loup, hélas, avait quitté le monde. Elle fut enterrée au petit cimetière St Vincent à Montmartre où Sédir vint la rejoindre plus tard.
A l’encontre de certains grands Maîtres, Sédir demeura toujours humble. Sa voix était en harmonie avec lui, certains disaient qu’il n’était pas un orateur, pour moi, il fut le Prince des orateurs, car cette simplicité, cette clarté, cette netteté dans l’élocution, sans aucun effet grandiloquent, cette voix était pour moi la voix de la Vérité. Pour satisfaire le public, pour pouvoir être introduit dans les milieux bourgeois, il soigna sa mise afin de ne pas choquer, ce qui ne l’empêchait pas de recueillir les confidences des ouvriers, des servants et de les conseiller ou de les réconforter et de les aider comme il le faisait pour les Grands de ce Monde. Il visita les expositions, se tint au courant du monde, de sorte qu’il pouvait discuter de tout avec les gens les plus qualifiés en art, en architecture, en mécanique, en sciences, en mathématiques. Les fidèles le suivirent dans les différents lieux où il allait : chez Chamuel, rue du Bac, rue Cardinet, puis en l’Hôtel des Sociétés Savantes où je l’entendis pour la première fois en 1913, puis devant St Germain des Prés, dans la grande salle pour l’encouragement de l’Industrie Nationale, dans les Universités populaires, Boulevard Raspail, à l’Université Mercereau où il parla pour la dernière fois.
Sédir mourut à Paris. Vingt ans après, le poète Breton Théophile Briant, de Dinan, écrivait à ce sujet : « Le 3 février 1926 Paul Sédir mourait à Paris à l’âge de 55 ans. La disparition de cet homme admirable, au cœur évangélique, passa presque inaperçue dans la grande presse d’information plus préoccupée de tresser des couronnes aux charlatans et aux histrions qui amusent le tapis pendant que se préparent les catastrophes internationales. A part quelques élus que cet Apôtre des derniers temps avait appelés à la Lumière, la plupart des jacasseurs d’après guerre ignoraient qu’une des voix les plus émouvantes du siècle cessait de se faire entendre. Une voix de précurseur, une voix d’annonciateur clamant dans le désert des foules, une voix qui s’était consacrée depuis des années à la diffusion de l’Evangile et qui nous mettait en garde au seuil de l’abîme contre les prostitutions multipliées de la parole. » |




