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Mesdames, Messieurs, Mes Amis,
Ce m'est une joie profonde de vous retrouver ici pour la deuxième fois et je sais par vos lettres, par vos entretiens, que vos sentiments vibrent en plein accord. Les labeurs que vous avez consacrés à notre œuvre commune donnent déjà des promesses heureuses; avec un courage accru vous continuerez ces tentatives, j'en suis certain, et je veux aujourd'hui, répondant à votre désir général, vous indiquer quelques mesures en vue d'économiser vos forces et de mieux coordonner vos initiatives personnelles. Nous nous sommes constitués en corps pour les objets suivants: Rétablir la notion divine partout où elle est abolie; restituer dans le cœur des croyants la foi active au Père, à notre Père à tous, à son Fils unique, le Verbe Jésus, Sauveur universel; à son Esprit, l'illuminateur; à la Vierge-Mère enfin, la très humble intercédante. Par cette jonction de la Lumière éternelle à la Lumière intérieure, rétablir le sentiment de la fraternité universelle, de la charité, puis de la prière; c'est-à-dire démontrer, puis pratiquer l'essence nécessaire et suffisante de toute religion: le culte en Esprit et en Vérité. A cette double fin, nous essayons de trouver dans chaque peuple, et d'abord parmi les Français, dans chaque province, dans chaque ville, bourg ou village, au moins une âme chrétienne qui accepte notre idéal et se voue à le réaliser. Tous ces idéalismes disséminés, nous leur offrons le contact les uns avec les autres, soit par la Revue, soit par des correspondances, soit par les visites que mes plus anciens Amis, fondateurs de la Société, et moi, nous leur rendons aussi souvent que les circonstances nous le permettent. Quand un membre de la Société est seul dans sa résidence, il doit assumer tout le travail matériel de propagande et d'administration; quand plusieurs membres habitent la même localité, ils élisent l'un d'entr'eux comme administrateur; de la sorte, notre Association vit selon la loi organique naturelle: un centre spirituel envoyant des avis, une gérance matérielle venant de la circonférence, afin que les aspirations évolutives de la créature soient constamment présentées aux inspirations involutives. Cette loi de la vie sociale, que les plus vieilles civilisations observaient, que Jésus a renouvelée, nous tentons de l'appliquer à notre tour dans notre tout petit rayonnement. Ainsi, Mesdames et Messieurs, vous êtes unis tous, que vous vous connaissiez ou non, dans l'amour de ce Père au service duquel vous vous essayez, et, à la mesure de votre dévouement, cet amour, qui est le Fils, vous envoie ses bénédictions; s'il s'en trouve parmi vous dont le courage hésite devant des perspectives extraordinaires, les plus anciens d'entre nous s'offrent à les aider; enfin, chaque groupe, par la voix de son gérant, présente au Comité central ses besoins, ses réclamations, ses initiatives. De la sorte, chacun de vous donne individuellement tout son effort avec la même spontanéité que s'il était seul; en même temps, vous tous, isolés ou groupés, ne formez qu'un seul être, parce que votre Idéal identique, le Christ, vous tient tous dans ses bras, parce que vous mettez en commun par la prière toutes vos aspirations surhumaines et, par l'exercice de la charité la plus large, toutes vos humaines énergies.
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Le travail que vous avez assumé est de la première importance; vous n'en prendrez jamais trop soin; aussi n'êtes-vous jamais seuls; mes vieux camarades et moi nous ne sommes pas vos uniques auxiliaires; d'autres sympathies plus puissantes s'intéressent à vos tentatives et y collaborent. Je ne fais pas ici allusion à l'ingérence d'esprits désincarnés ou de génies occultes; vous ne devez être ni des spirites, ni des occultistes, mais seulement des serviteurs du Christ; Il a dit de laisser les morts et les génies à leurs affaires; vous savez bien que les morts vivent et que l'Invisible est peuplé de multitudes étranges; ne les dérangez pas. Mais voulant servir le Christ et ne voulant que cela, ayant mis de côté vos faiblesses sentimentales et vos curiosités intellectuelles, il est logique que, si des serviteurs visibles du Christ vous aident, des serviteurs invisibles mais parfaits, c'est-à-dire des anges, vous aident encore bien plus. Souvenez-vous-en: il y a un invisible naturel et un invisible surnaturel. Le premier, construit par les fluides physico-chimiques, éthériques, astraux, est peuplé de tous les esprits élémentaires, de tous les fantômes des défunts, de tous les génies, de tous les dieux imaginables; c'est l'âme de ce monde. Le second, c'est le Royaume du Ciel que Jésus emmène partout avec lui et que lui seul habite avec ses anges innocents, avec ses serviteurs parfaits. C'est ce Royaume-là dont vous recevez le secours, la force, l'inspiration, si cependant vous obéissez d'abord à ses lois. Ainsi, ce n'est pas moi qui vous ai appelés, ce n'est pas par moi que vous obtenez l'aide spirituelle; vous n'êtes pas les sectateurs d'un doctrinaire, nous ne sommes pas une mille-et-unième petite chapelle: nous essayons seulement de ranimer le flambeau du Christ là où il vacille. Or, le Christ a placé partout des flambeaux, et partout l'Adversaire essaie de les éteindre. Comme il est vaste, notre travail, mes Amis, comme il est splendide, comme il est enivrant ! Aussi notre œuvre publique sera-t-elle de l'apostolat plus que de la propagande. L'homme doit toujours s'affirmer par ce qu'il possède de plus haut; quoi de mieux que l'Évangile? Parlez donc du Christ d'abord, de notre œuvre ensuite et s'il vous reste du temps; vivez en chrétiens d'abord et vous serez les plus éloquents prédicateurs. L'apostolat, la véritable propagande mystique, consiste simplement à vivre de la vie parfaite: renonçant à tout plaisir, se résignant à toute peine, se dévouant à tous, comme a fait Jésus, et demeurant persuadé qu'avec toutes ces fatigues et tous ces sacrifices on reste un serviteur inutile. Lorsqu'on fait cela, il n'est plus besoin de science pour parler de Dieu: un mot, un regard suffisent à bouleverser le cœur le plus sceptique. Il y a aussi la propagande des gens pratiques, des hommes d'affaires, des politiciens: mais que cette méthode est grossière, qu'elle est superficielle et, en somme, inopérante ! Vous pouvez, puisque vous n'êtes ni des matérialistes, ni encore des mystiques parfaits, suivre une méthode mixte pour votre propagande. Parler aux gens, leur donner des brochures, les convoquer à des réunions, recueillir des adresses, fournir des livres aux bibliothèques publiques, en prêter à vos visiteurs: toute cette propagande matérielle, spiritualisez-la en vivifiant chacun de ces gestes par une prière ou par un sacrifice; chaque fois, demandez à Dieu qu'il illumine votre interlocuteur, ou bien privez-vous d'un petit plaisir, imposez-vous une petite corvée à cette intention: vous ferez ainsi descendre une étincelle du Foyer divin sur cette brochure, ce livre, cette conférence ou cet entretien, et si même votre parole est embarrassée ou votre geste prématuré, ils fructifieront à cause de votre humble et fervente foi. Mais, croyez-le bien, la bienfaisance au nom du Christ reste le plus fructueux des apostolats. Si vous avez du superflu, je préfère vous le voir donner vous-mêmes à vos pauvres que de le recevoir pour les besoins matériels de l'œuvre. Je préfère vous voir auprès des malades qu'à mes conférences. Je préfère vous entendre consoler des chagrins plutôt que discuter des théories. Si notre Association fait la volonté de Dieu, Dieu lui enverra bien de quoi payer le propriétaire et l'imprimeur; si je me souciais des factures avant de me soucier de vous maintenir dans le chemin du Christ, je trahirais la cause au nom de laquelle je vous ai sollicités.
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Vous tous donc qui m'avez offert votre sympathie profonde et le meilleur de vous-mêmes, soit depuis un an, soit depuis cinq, ou quinze, ou vingt ans, que l'insuccès possible, que le succès surtout de nos efforts ne vous cachent jamais la splendeur de notre but, n'altèrent jamais l'indispensable pureté de nos méthodes. Prenez confiance, résistez à tous les doutes, maintenez votre vouloir dans l'éternel: ainsi vous triompherez réellement du temporel. Il est inutile de déclarer en public le détail de vos œuvres pendant la session qui se termine aujourd'hui; notre mutuelle confiance, de vous à moi, nous suffit, et notre main droite, ainsi, ne saura pas ce qu'a donné notre main gauche. Mais ce que je désire vous voir entreprendre, ce que j'attends encore de la fidélité de votre collaboration: cela, je peux et je dois vous le dire. Il ne s'agit que de simple bon sens et de sincérité. De sincérité, parce que ni vous ni moi ne travaillons pour nous-mêmes; de simplicité, parce que le bon sens est le sens même du Vrai; j'espère ainsi convaincre ceux qui ne me comprennent pas encore complètement, afin qu'à leur tour, ils éclairent ceux qui nous connaissent mal et nous amènent ceux qui ne nous connaissent pas. Notre mouvement est fils de l'amitié; il existe par l'amitié; il se perpétuera par l'amitié. Lors de notre première session, j'ai rendu un hommage trop rapide à la ferveur et à la constance de mes vieux compagnons de travail de qui le dévouement n'a jamais faibli, dont quelques-uns dépensent depuis plus de vingt années toutes leurs forces au service de cette Amitié Spirituelle, et qui n'en attendent rien que la joie du bon ouvrier achevant avec une sereine constance sa longue tâche obscure. Je sais bien que ce n'est pas l'homme, en eux, mais le Christ, par qui cet héroïque labeur est mené à bout; le Christ, avant de descendre en eux, avant de les renouveler, de les dresser, impavides et forts, comme les chevaliers errants de la plus noble des causes, avant de s'établir en eux, le Christ, dis-je, a attendu la libre offrande de leur libre bonne volonté. Pour cet hommage-lige, pour cette fiance, pour cet holocauste où ils furent à la fois prêtres et victimes, mes Amis de la première heure m'apparaissent admirables et jamais je ne leur dédierai une gratitude trop fervente. Ils ont peiné avec joie, s'encourageant, se relayant, s'exhortant; pas à pas, borne après borne, nous avons fait l'étape; une autre s'ouvre maintenant qu'il nous faudra fournir. L'effort sera-t-il moindre, pire, égal? Nous l'ignorons, mais, avec l'aide du Ciel, nous devons nous déclarer prêts. Sans doute, tout ce que nous disons a été dit et bien dit; tout ce que nous faisons a été fait et bien fait, depuis vingt siècles, par les premiers disciples, par les premiers moines de chaque ordre, par plusieurs saints, clercs ou laïques. Mais nos contemporains sont aussi fermés aux choses divines que les rhéteurs d'Athènes ou d'Ephèse, de Rome ou d'Alexandrie: nous avons donc beaucoup d'ouvrage; or, nous avons aussi une grosse facilité: c'est que nous ne sommes pas des professionnels en matière de religion; et ceci n'est pas un paradoxe. Nous ne possédons pas notre affaire comme des docteurs en Sorbonne; nous ne sommes pas habillés de dix-neuf siècles de théologie, de conciles et de liturgies; nous ignorons les formules scolastiques, les tours-de-main psychologiques, les traditions de forme, les manuels commodes où l'on trouve rangés en bel ordre les objections et les arguments de l'apologétique, les évaluations de la casuistique, les énumérations de la symbolique, les décisions, les bulles et les encycliques. Voilà notre faiblesse et notre don-quichottisme, au gré des gens d'Église; pour tous ces prêtres éminents et vénérables, nous ne sommes que des amateurs, de fâcheux et insupportables amateurs, qui piétinent dans les plates-bandes et qui démolissent les règles du jeu. Mais je vois dans le Dictionnaire que, selon l'étymologie, un amateur est celui qui aime; aussitôt notre vice rédhibitoire devient à mon sens notre vertu, je veux dire notre force. Nous aimons ce que nous faisons; nous aimons Jésus, nous aimons son service qui est de servir nos frères, comme nous pouvons, mais tant que nous pouvons. Nous bousculons les règles? Peut-être; nous n'observons pas les coutumes? peut-être. Mais les traditionalistes ne distraient-ils pas une trop forte part de leur intelligence et surtout de leur âme à obéir à ces traditions et à ces méthodes ? Peut-être les observent-ils avec un souci tellement attentif qu'ils n'aperçoivent plus l'essence spirituelle dont elles ne sont destinées qu'à être le manteau ? |
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Seconde assemblée générale — 25 septembre 1921 |



