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  Malgré nos gaucheries, nos excès de zèle, nos ingénuités, restons des amateurs. Plaise au Ciel de nous conserver notre juvénile amateurisme ! Ce n'est pas par la présentation de nos idées que nous voulons convaincre; c'est par la flamme dont elles nous embrasent. Ce n'est pas par l'importunité que nous voulons prendre le public: c'est par la qualité de nos efforts que nous désirons attirer les chercheurs épars. Nous sommes nés d'un groupe amical, nous sommes des amis collaborant à la même œuvre: nous resterons des amis, ou bien nous disparaîtrons. Pour nous, l'Amitié c'est le culte du même idéal, l'observance de la même discipline, la réalisation des mêmes activités; et parce que notre idéal se nomme le Christ; notre discipline, l'Évangile; nos activités, la bienfaisance et la prière, nous croyons notre Amitié la plus pure, la plus haute, la plus solide.

  Les agrandissements fructueux de nos groupes ne seront pas des augmentations numériques, mais surtout des multiplications en intensité de notre flamme collective, des engendrements de vouloirs nouveaux, jaillis de vos ferveurs silencieuses et de vos sacrifices inconnus; que la liste de nos membres, de nos comités, de nos publications, de nos tentatives philanthropiques s'allonge: je le veux bien, mais à condition que le zèle de chacun s'exalte d'abord et se hausse jusqu'à l'ardeur invincible qui est l'atmosphère normale des amis de Dieu.

  Nos correspondants, nos lecteurs, nos auditeurs, paient la satisfaction intellectuelle ou le soulagement qu'ils reçoivent par le prix d'un livre, d'un abonnement, d'une conférence: mais, en plus, très souvent la joie nous est donnée de les voir revenir; très souvent le besoin personnel, cause de leur première visite, se change en intérêt sympathique. Ils se disent que la certitude de leur pensée, l'apaisement de leur cœur, l'obstacle matériel que l'un de nous, parfois, les a aidés à franchir: bien d'autres seraient, comme ils le furent, désireux d'être aussi aidés; ils reviennent donc nous voir; ils s'aperçoivent que, toutes « spirituelles » qu'elles soient, nos Amitiés ont besoin de locaux, d'imprimés, de bibliothèques, de vestiaires, de secrétariats, d'argent pour les miséreux; ils se font inscrire à la Société, et leur cotisation sert à celles de nos dépenses qui dépassent les moyens personnels des membres déjà enrôlés.

  Ainsi, après avoir été aidés, ces nouveaux collaborateurs aident à leur tour et de la façon la plus pure, puisque les souffrances que nous soulageons avec leur argent leur restent inconnues et que eux-mêmes restent inconnus à leurs obligés: ainsi, Mesdames et Messieurs, vous réalisez à la perfection la maxime évangélique:  « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. »

  Voilà comment nous nous accroissons: tout naturellement, tout bonnement, tout simplement. Quand nous nous sommes constitués, nous savions bien que notre projet ressemblait fort à une utopie: l'utopie est devenue réalité. Nous savons bien que notre existence est un paradoxe: à votre tour, croyez à l'avenir de cette utopie, désirez qu'elle grandisse, faites pour cela quelques gestes, prononcez pour cela quelques paroles; afin que nous puissions atteindre des détresses de plus en plus nombreuses.

  Notre vie tient toute dans l'effort personnel de chacun de vous. Faites cet effort. Si vous n'avez pas d'argent, donnez un peu de temps; si vous n'avez ni temps ni argent, donnez vos vœux, c'est-à-dire vos prières; la moindre privation, le moindre jeûne moral, que vous seul connaîtrez, le Christ les acceptera et les utilisera en multipliant leur vertu.

  Nous sommes bien peu à côté des dizaines de milliers de membres des grandes Ligues utilitaristes. Mais serions-nous réduits à deux ou trois, nous existerions quand même. avec la même confiance inentamée, avec la même volonté de servir notre Maître. Pour une cinquantaine d'entre nous, la bonne moitié de l'étape est fournie; après, d'autres marcheurs reprendront notre cher flambeau.

 

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  Lorsque vous parlez des Amitiés Spirituelles, soyez attentifs à donner de nous une idée juste et claire, à dissiper les malentendus, innocents ou perfides. En général, on se trompe sur notre compte: on nous prend pour des rêveurs ou pour des malins; c'est que les idéalistes échouent d'ordinaire dans leurs entreprises, c'est que l'on a trop usé de la confiance du public. Nous voulons être des gens pratiques, et nous sommes surtout des gens sincères. Sans doute, les Amitiés Spirituelles obtiennent quelque succès; sans doute nous existons, et le fait que nous sommes encore là est un défi au bon sens pratique des hommes d'affaires; mais que ces symptômes ne vous paraissent pas comme le succès. Quand, à la fin de chaque mois, sur nos registres, Besson et moi, nous comptons les infortunes ou les chagrins que nous avons eu la joie de soulager, c'est à la multitude restante des malheureux que nous pensons, à cette foule dolente que nous n'avons pu atteindre.

  Sans doute on parle de nous, parfois avec estime, parfois avec dédain. Mais ce n'est pas cela que nous désirons; nous désirons qu'on vienne travailler avec nous et qu'on nous apporte du travail. Vous lisez nos livres, vous nous écoutez: cela ne suffit pas. On ne songe pas toujours à la peine que prennent plusieurs d'entre nous, nos administrateurs de comités ou de permanence, par exemple, pour préparer ces réconforts. Vous le savez, la plupart de ces hommes, quand leur journée professionnelle est finie, repartent pour recommencer une seconde journée de dévouement, et certains font cela depuis des années. Quand vous parlez de nous à des étrangers, souvenez-vous de ces détails, non pas pour les leur redire, mais pour trouver dans votre émotion des paroles plus directes et plus vraies.

  Ainsi que votre sympathie ne s'endorme pas; qu'elle continue plutôt de s'alarmer. Chaque soir, mes Amis et moi, nous constatons des lacunes, des impossibilités devant lesquelles nous sommes impuissants; et chacun de vous a goûté cette amertume de n'avoir pu étancher quelques larmes faute d'un peu de temps, d'un peu d'argent, faute d'un renseignement, d'une adresse, d'une recommandation. Vous me répondrez: « Vendez vos publications plus cher, élevez vos cotisations. » Non, nous ne voulons pas; le public le plus intéressant, c'est celui-là même dont la bourse est maigre. D'autre part nous ne pouvons pas proportionner nos dépenses à nos recettes; quand, dans la soirée, on vient nous demander un secours, nous ne pouvons pas répondre: Le crédit du jour est épuisé; nous prenons sur la recette hypothétique du lendemain; nous vivons par empiétements continuels sur l'avenir, et nous croyons avoir raison deux fois: pratiquement et mystiquement. Pratiquement, car vivoter n'est pas vivre, c'est retarder de mourir, et qui ne s'accroît pas, décroît. Mystiquement, car la confiance en Dieu commence à l'impossible, et puisque nous ne nous hasardons pas pour nous, mais pour d'autres, le Ciel aidera notre optimisme.

  Les Amitiés Spirituelles, ce n'est pas une affaire commerciale, c'est une entreprise apostolique. Un auteur en vogue, un orateur célèbre, ils présentent toujours le même livre, en somme, toujours le même discours, et ils s'en font des rentes, parce que leur langage plaît au public, ne le déconcerte pas, lui laisse bien ses opinions toutes faites et ses habitudes, et ne lui offre que juste le petit grain de nouveauté indispensable à le flatter, en l'autorisant à se croire d'esprit large, libre ou délicat. Mais nous, nous ne disons pas des choses agréables, nous n'apportons pas une heure de distraction après dîner, nous n'encourageons pas les paresses de l'intelligence ni de la volonté. Il faut donc que cette infime élite qui préfère une vérité à une flatterie et le suffrage de sa conscience à la grosse joie de réussir, il faut que cette élite vous-mêmes, Mesdames et Messieurs nous aide avec tout son cœur.

 

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  L'argent, c'est encore le moindre de mes soucis: il n'est pas d'exemple qu'une organisation philanthropique honnête ne trouve pas ses mécènes; il n'est pas d'exemple qu'un ordre religieux soit mort de famine: morts de tiédeur, beaucoup; morts de misère, aucun. Nous voulons être des philanthropes mystiques, nous voulons être des moines laïques: le Christ nous enverra donc tout le nécessaire pour soulager ses membres de dilection, les pauvres, selon l'ardeur et l'humilité de notre zèle. Je vous demande bien plus que de l'argent: je vous demande vos cœurs.

  Évidemment, si, au bout de votre mois, vous trouvez cent sous de trop dans votre porte-monnaie et personne à qui les donner autour de vous, envoyez-nous-les; cent sous, c'est un carnet de timbres, c'est deux repas dans un restaurant populaire; c'est une bien petite chose, mais cela peut faire gagner tout un jour sur un désespoir ou sur une maladie. Quand, au bout de votre journée, il vous reste un quart d'heure vide, sans un infirme à soigner, sans un camarade à réconforter, isolez-vous on peut se sentir seul même dans le Métro isolez-vous, et priez; il y a des milliards de choses à demander au Père. Quand vous rencontrez quelqu'infortune pour laquelle vous croyez ne rien pouvoir (on peut toujours quelque chose, mais vous n'avez pas tous l'habitude de tenter l'impossible), informez-nous-en. Quand vous apercevez un beau livre, un chef-d'œuvre, un beau geste, dites-nous-le, nous ne pouvons pas tout lire, ni tout voir. Si vous n'osez pas parler à quelque sceptique endurci, à un cœur trop douloureux, faites-lui tenir discrètement nos brochures. Si vous avez un cadeau utile à offrir, donnez nos livres; donnez-les, si vous pouvez, aux bibliothèques municipales, aux cercles d'étudiants et de soldats. Que sais-je encore ? Au surplus, si notre œuvre vous plaît, vous trouverez bien tout seuls mille moyens d'y collaborer.

  Ainsi, entendons-nous bien: nous sommes des idéalistes. Notre vie, ce n'est pas le nombre de nos adhérents, le gros tirage de nos éditions, les vastes auditoires à nos conférences; notre vie, c'est notre Idéal: le Christ et la fraternité humaine. Vivre, c'est réaliser le décret divin auquel on doit d'être né. Nos Amitiés vivraient donc plus réellement par le travail obscur d'une douzaine de membres fidèles que par la réussite apparente d'une réclame qui leur attirerait une foule mélangée. Chaque altération de notre idéal serait une maladie; chaque succès dû à une compromission de nos principes serait, en réalité, un empoisonnement. Et, j'ose le dire, chaque échec provenant d'une maintenance inflexible de ces principes, c'est une exaltation de notre vie véritable, de notre vie spirituelle, et un gage de perpétuité.

  Travaillons pour notre idéal, et non pour le succès de notre Société; et veillons. Un groupement peut subir la tentation, tout comme une personne. Chacun de nous, pris à part, peut être généreux, modeste, soumis à la Providence; et réunis en corps, nous pouvons devenir rapaces, ambitieux, et, croyant servir notre foi, accepter des concours moins purs qui rendraient les Amitiés riches et puissantes, mais infidèles à leur mandat.

  J'appelle votre attention sur ce point, Mesdames, Messieurs, mes Amis; la vôtre et d'avance celle de mon successeur. Avant d'accepter une aide quelconque, examinez-en le mobile; ne l'acceptez que si elle vient d'abord de la charité christique. Nous n'avons pas besoin de façade; nous avons besoin d'une vie intérieure riche et intense, car c'est elle qui nous amènera les pauvres, les malades, les désemparés et, aussi, les mécènes à la minute où nous en aurons réellement besoin. Notre activité collective doit obéir à la même règle que notre activité individuelle: à la règle de l'opportunisme providentiel. Ainsi, supposons que tout à l'heure, en rentrant, l'un de vous rencontre un malheureux défaillant d'inanition: si vous avez de l'argent, vous l'emmènerez souper, vous lui louerez une chambre; si l'argent vous manque, vous ferez la quête pour ce pauvre homme aux inévitables badauds rassemblés, en leur parlant en camarade, sans les prêcher; et s'il n'y a pas de badauds, eh bien, vous emmènerez le pauvre chez vous et vous coucherez sur un matelas.

  C'est ainsi que doit agir notre Société, en tant que Société. De même que chaque membre, imitateur du Christ, ne fera appel à la Société qu'après épuisement de ses moyens personnels, nous, Société, donnons à qui nous demande et ce que l'on nous demande, jusqu'à ce que nos ressources, nos relations, nos capacités techniques soient manifestement impuissantes: alors nous demanderons qu'on nous aide à aider; mais nous ne demanderons pas à tel riche, à telle institution philanthropique, ni à l'État; nous implorerons Dieu, notre Ami, qui est riche infiniment, qui est tout amour et tout miracle, et Il nous répondra.

 

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  Voilà pourquoi je vous demande votre dévouement avant votre argent, votre adhésion profonde et plénière avant vos listes de propagande; et ces deux choses, je vous les demanderai toujours avant tout, et je désire de toutes mes forces que mes successeurs fassent de même à tous leurs futurs collaborateurs. Vous donc, qui nous recrutez des adhérents nouveaux, comprenez-le bien: nous n'avons que faire de ceux qui viendraient à nous pour vous faire plaisir, ou qui nous enverraient leur abonnement par lassitude de votre importunité. Je ne veux pas d'un argent extorqué que le donateur regrette, ou de l'usage duquel il ne se soucie plus, une fois donné. Je ne veux pas des chèques que nous adresserait quelque millionnaire blasé qui n'en continuerait pas moins la monotone série de ses mornes plaisirs. Ces argents-là, comme disait Verlaine, ne renouvelleraient pas la vie de notre œuvre; ils la corrompraient plutôt.

  Pour qu'un enfant croisse, il faut que toutes les parties de son corps se développent simultanément. Pour que les Amitiés croissent, il faut que leurs réalisations se multiplient, que leur idéal s'affirme de plus en plus en chacun de nous: alors leurs ressources matérielles, leurs méthodes d'action seront engendrées spontanément par le double appel réciproque de leurs besoins et de leur zèle christique.

  Actuellement, les Amitiés, c'est une toute petite chose; si elles accomplissent cependant chaque jour le mince travail dont leur enfance est capable, elles appelleront, elles évoqueront, elles s'assimileront toutes les forces nécessaires à leur croissance: nombre, argent, relations, lumières, dynamismes spirituels, directions. Il ne s'agit pas de consolider un groupe; il s'agit de répandre la lumière du Christ, de ressusciter, ou plutôt de revivifier, car il n'est pas mort, l'esprit des primitives communautés chrétiennes émergeant à la surface de l'immense océan païen. Car le monde aujourd'hui est aussi païen, quoique d'une autre façon, qu'il y a vingt siècles.

  Ainsi, gardant la loi évangélique, vivant en paix les uns avec les autres, secourant, consolant ceux qui viennent à vous, fixez-vous sur le seul Christ, obéissez à Lui seul, ne parlez que de Lui seul; ne faisons rien que par le Christ et pour le Christ, et « tout le reste nous sera donné par surcroît ». La beauté, la perpétuité des Amitiés Spirituelles seront faites de la beauté de votre vie intérieure et de la constance de votre charité. Et c'est mon souhait le plus fervent que vous restiez fidèles à notre Maître commun au seul service duquel j'ai voué notre association.

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Médaille du Campo dei FioriZone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: