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Monsieur et cher Confrère,
Vous me demandez d'indiquer la direction générale des quelques travaux que j'ai publiés concernant l'ésotérisme ; et, si se n'était l'expérience que je vous sais des goûts du public, je craindrais fort qu'au vu des premières lignes de cette lettre, les lecteurs de l'Écho du Merveilleux ne tournent la page en toute hâte, car mon nom ne doit pas leur dire grand-chose.
J'ai eu très tôt la chance de connaître les illuminés occidentaux, surtout L.-C. de St-Martin et, par lui, le génial Jacob Boehme, dans l'œuvre touffue duquel sont en raccourcies : la théosophie prékrishnaïque, la philosophie allemande et la philosophie moderne ; de là, je vins aux mystiques : commune illusion qui nous fait chercher bien loin les trésors que la Providence présente à portée de notre main. Nous ne courons qu'après ce que nous croyons être caché ; nous ne connaissons rien de notre propre religion, elle ne nous intéresse pas ; et, cependant, son dogme et sa liturgie sont l'exposé le plus complet du savoir intégral qu'il y ait actuellement sur la terre ; ce que les théologiens ont écrit n'est pas la vingtième partie des vérités que ces formules renferment. Tout est dans le catholicisme, aussi bien la science du minéral que celle de l'âme, l'art du prince comme celui du médecin, le pouvoir du thaumaturge comme les combinaisons du sociologue. L'opinion que j'exprime ici n'est pas celle d'un fidèle de l'Église de Rome, mais d'un disciple direct de l'Évangile, auquel on tend trop à substituer, aujourd'hui, les religions orientales comme pseudo-tabernacles de l'unique Vérité.
C'est ainsi que je fus conduit à faire connaître Boehme, Gichtel, Law, ces mystiques si généralement ignorés en France et qui s'élèvent, à mon avis, aussi haut que les docteurs et les saints les plus célèbres.
D'où vient cette certitude, dira-t-on, et de quel droit cette allure d'autorité ? L'intellectualité contemporaine comprend peu le mystique. Je ne me donne pas comme tel ; ce mot représente à mes yeux quelque chose de si élevé que je n'en fais que mon idéal. Serais-je à moi-même mon propre critérium ?
Non ; je sais seulement que le Père est tout. Et les hommes croient que le Père n'est rien ou presque rien. Pourquoi si, deux mille ans en arrière, Quelqu'un allait par les routes, prenant les âmes d'un simple regard et les assumant jusqu'au seuil de la Lumière incréée, pourquoi ne pourrait-II pas renouveler, quand il Lui plairait, ces cures spirituelles, au gré des rencontres qu'II provoque le long des chemins mystérieux de l'Invisible ?
On crie : Lao-Tze, Moïse, Pythagore, saint Denis l'Aréopagite, les Rose-Croix, ce n'est rien ; ce sont des flammèches ; ils n'ont pas vu la milliardième partie de ce qui est à voir, et ils ont mis des gardes et construit des murs entre notre Père et nous ! Cela n'est pas vrai; il n'y a rien entre l'homme et Dieu que la perversion volontaire de l'homme. Apprendre que l'on ne sait rien, expérimenter que l'on ne peut rien, vérifier que le Ciel est là, en nous, que l'Ami nous entoure sans cesse de Ses bras bénis, voilà la leçon de Jésus. C'est cela que j'ai voulu dire en publiant les « Conférences sur l'Évangile », le « Bréviaire mystique », le « Devoir spiritualiste », les « Forces mystiques », les « Initiations ». Sédir 15 octobre 1910 |

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« Comme Jésus nous a aimés, nous aussi, aimons-nous les uns les autres » |
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Les Amitiés Spirituelles |
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Lettre de Sédir à « l’Echo du Merveilleux » |
